Festival incontournable dans le paysage belge francophone estival, LASEMO revient pour sa quinzième édition déjà avec toujours le même ADN : être durable et ouvert à un public aussi familial que festif. Tout ce petit monde se mélangeant joyeusement dans le cadre quasi-forestier du Parc d’Enghien et de son élégant château. On note aussi l’introduction de la vaisselle réutilisable pour les food-trucks. Enfin, l’affiche de cette année voit l’arrivée de grosses pointures en mesure de transformer tout ça en brasier. Nous avons donc affronté le ring de Bruxelles en heure de pointe pour prendre la direction de la pointe Est du Hainaut afin d’aller nous imprégner de tout cette ambiance et des concerts proposés aux festivaliers ce vendredi soir.

Nous arrivons dans le parc du château d’Enghien au son des rythmes tropicaux et ensoleillés de Saudade Experience : soul, rap, touche de jazz et une voix bien chaude sont au programme. Une entrée en matière tout à propos au regard de la météo qui s’annonce pour la soirée et le reste du week-end. Les festivaliers sont quant à eux encore en repérage et arpentent les verdoyantes pelouses et allées du Parc où il y a de quoi occuper les plus petits, encore équipés de leur couche-culotte, mais aussi les plus grands, avec des animations et des activités diverses entre arts de rue, village associatif et plaines de jeux pour les enfants plus ou moins âgés. On apprécie tout particulièrement le château-fort construit à base de cartons d’emballage Ikea.

Direction la scène du Château pour le premier gros morceau de la soirée. Apres une Ancienne Belgique surblindée au printemps, Fatoumata Diawara est de retour sur nos terres. Une intro sous forme de vocalises incantatoires permettent à la dame et ses musiciens de prendret possession de la scène pour un set rythmé, festif et donc forcément dansant. Avec sa tenue traditionnelle pleine de couleurs et sa guitare électrique très rock, elle en met plein la vue et les oreilles, notamment avec des longs solos de guitare plus coutumier de la gente masculine en général. Les temps changent, dans le bon sens. Sur scène, l’ambiance est chaude, entre riffs rock, rythmiques africaines et nappes de synthés suaves. Tout ça est complété par les innombrables pas de danse de la chanteuse malienne qui achève son set avec “Massa Den”, un titre composé avec Mathieu Chedid, et un second titre où elle revient sur scène avec un masque traditionnel. Les festivaliers ont appréciés, nous aussi.
Les six gaillards de Debout sur le Zinc enchaînent ensuite sur la Scène de la Tour. Ils proposent un set entre chanson française, rock et folk avec la présence d’un violon et d’un banjo. Le groupe bénéficie de l’appui toujours sympathique d’une interprète en langue des signes, souligant là aussi, la volonté de LaSemo de n’exclure personne. Au même moment, c est dans la forêt que nous retrouvons également Elia Rose sur la scène de La Guinguette. La version belge de L’impératrice fait en effet danser le public avec ses titres disco-pop et son synthé en bandoulière.
Nous reprenons ensuite la route vers la scène du Château pour le concert de Selah Sue qui vient nous présenter “Persona”, son troisième album. C’est accompagnée de trois choristes que la chanteuse flamande est venue ce soir à Enghien. Mais c’est seule et avec sa guitare acoustique qu’elle entame son set pour un premier titre délicat, vêtue d’un ample peignoir tigré. Et très rapidement, la machine à danser se met en route. Selah Sue se ballade sur scène avec la même tranquillité que dans son salon. “Raggamuffin”, qui arrive en début de set, produit toujours son effet sur les festivaliers alors que la chanteuse enchaîne les passages râpés bien nerveux qui sont un vrai délice sonore et mélodique.
Le concert prend ensuite une tournure plus funk, plus robuste mais toujours empreinte de sensualité comme sur l’entêtant “I’m Alone” ou sur “Piece of mind” et ses bouillants relents ragga-dub. On ne sait pas qui est le plus heureux d’être là entre la chanteuse et les festivaliers. On a d’ailleurs droit à quelques titres inédits. Et puis il y a cette voix qui déchire l’air et les cœurs : puissance et sensibilité à fleur de peau. La fin de set transforme la plaine du château en dancefloor alors que Selah sue et ses choristes se lancent dans une intense chorégraphie. Le peuple ne demande rien d’autre, et la plus belle preuve en est cette plaine qui déborde de festivaliers. Selah Sue reste un poids lourd de la scène belge et l’a prouvé une fois de plus ce soir avec force et puissance, n’oubliant pas d’alterner aussi bien entre français et néerlandais dans ses interventions entre les titres. Ce n’est pas par hasard qu’elle a récemment remplis deux fois l’Ancienne Belgique en un claquement de doigts.
On fait ensuite une incursion au fin fond de la forêt pour aller poser notre chope au troquet où Johnny Cadillac reprend les plus grands tubes d’Halliday. Tout cela manque un peu de justesse mais le principal est de raviver le souvenir et l’énergie du défunt taulier. En tout cas les festivaliers sont à fond dans le délire alors que Cadillac enchainent les titres et les postures scéniques du plus américain des chanteurs français.
Retour ensuite vers la scène de La Tour pour le set de l’homme-orchestre venu de France : Mezerg. Le gaillard était il y a deux jours à Montréal, la veille et en Slovaquie et le voici maintenant en Belgique avant d’être en France ce samedi. On pourrait penser que c’est sur les rotules qu’il allait arriver chez nous. Balivernes ! Ce sont les titres les plus incisifs de sa discographie qu il propose ce soir au public de LaSemo, s’agitant férocement sur ses synthés et ses pédales de batterie. Après un début de set jazzy et dansant, il passe le 48ème vitesse pour un voyage électro et techno aussi survolté qu’abrasif à souhait, agrémenté par son thérémine qui fait osciller les ondes sonores par de secs mais maitrisés mouvements de main et de poignet. Mezerg est survolté et le public de LaSemo l’est tout autant. “Il tue le game” comme on dit dans le jargon.
Seconde grosse tête d’affiche du jour après Selah Sue, les Bordelais d’Odezenne sont venus à LaSemo avec la ferme intention de partager la poésie brute de leurs textes qui marque leur discographie depuis plus de 15 ans. La nuit est maintenant tombée et les familles, ainsi que les nombreux spectateurs néerlandophones venus pour le concert de Selah Sue, ont déserté le site. Cela nous permet d’assister au dernier “gros” concert du jour dans des conditions très confortables avec un peu moins de monde. Par contre sur scène, le groupe n’est pas dans une situation confortable avec la moitié de la batterie qui s’effondre dès le premier morceau (ce qui ne semble pas perturber pour autant le batteur) et de récurrents problèmes de câbles de micros. Pas de quoi désarçonner le groupe qui prend la situation sans pression. Le groupe est déchainé, multipliant les postures et les pas de danse les plus libérés qui soient, n’hésitant pas non plus à régulièrement aller interagir avec la traductrice en langue des signes là aussi présente sur scène pour ce concert.
Festival oblige, c’est une setlist dense et efficace que le groupe privilégie, mettant l’accent sur le dernier album en date mais aussi sur les titres les plus percutants, donnant des airs de concert best-of. Ce qu’on aime chez Odezenne, c’est ce mélange de poésie et de romantisme exprimé sans détour et de manière frontale. Les moments forts qui allient ces deux aspects sont nombreux : “Caprice”, “Hardcore”, “Souffle le vent” (et son énorme chorale de festivaliers reprenant en chœur la mélodie du titre) , “Géranium”, “Nucléaire”, etc. Puis le concert prend une tournure plus sombre, plus brutale avec l’enchainement de titres sulfureux comme le très explicite “Je veux te baiser” et son instrumentation faussement disco-rêveuse ou l’irrésistible “Bitch” et sa grosse rythmique dansante. Sur scène, les deux comparses qui se partagent le chant déclarent avec humour que ces deux derniers titres sont parfaitement à leur place dans un festival orienté vers les familles et les enfants. C’est avec le très dansant “Jacques a dit” qu’Odezenne achève sont set face à un public à fond derrière eux.
Minuit est passé depuis longtemps alors que les derniers spectacles et “petits” concerts continuent à battre leur plein et que nous retournons tranquillement vers la sortie du site. On aura particulièrement apprécié le fait d’être accueilli sur un site aéré, verdoyant et offrant des zones d’ombre, sans jamais avoir l’impression d’être parqué pour rentabiliser l’espace disponible. Au delà des concerts et animations, nous avons noté le professionnalisme décontracté et convivial de l’ensemble des bénévoles et responsables du festival que nous avons rencontrés. Du haut de ses 15 ans, LaSemo est un bel adolescent dont la maturité n’est plus à démontrer.
Please follow and like us:
error
fb-share-icon