Moitié féminine du duo techno-lyrique d’Ascendant Vierge, Mathilde Fernandez s’offre une aventure artistique en solitaire avec la sortie récente d’un album piano-voix intitulé… « Piano-Voix ». Pour la première fois de sa carrière, c’est sans le support des ordinateurs et machines que la Niçoise qui s’est installée à Bruxelles depuis un bon paquet d’années maintenant prend la direction des opérations avec cet album aux allures de grand écart avec ce qui fut son quotidien ces dernières années. Autrice-compositrice et interprète, Mathilde Fernandez, accompagnée du producteur Paul Seul, a en effet retourné tous les dancefloors (y compris celui du légendaire Berghain à Berlin) et les plaines de festivals ces dernières années avec Ascendant Vierge. Son rôle de puissante porte-voix au sein l’a propulsée sur le devant de la scène, rassemblant autour d’elle une fervente et tourbillonnante communauté d’adorateurs qui n’hésitent pas à la placer en position d’icône pop et alternative à la fois. Cet album débranché est l’occasion pour elle d’offrir une séquence plus posée et introspective dans son parcours artistique dont l’intensité a parfois été vertigineuse ces dernières années.

Avec ses airs d’héroïne fantastique et sexy à la fois, digne d’Emma Stone dans « Poor Things », Mathilde Fernandez captive son public avec un pouvoir d’attractivité naturel où se mélangent touches gothiques et mystiques. Bien que le Botanique n’affiche pas complet ce soir, ils sont malgré tout nombreux à avoir fait le déplacement ce vendredi soir : soit fans de la première heure, soit accros du dancefloor venus s’octroyer une parenthèse classique avant de peut-être prendre la direction de l’ING Arena à l’occasion de la Rave Rebels qui va tabasser jusque 6h du matin. Sur le côté gauche de la scène, on retrouve un élégant piano à queue noir qui sera l’outil créatif de la dame pour la soirée.

Mathilde Fernandez fait son entrée vêtue d’une sorte de soutane de moine brunâtre échancrée. Elle s’installe face à ce piano, sourit et lâche un discret bonsoir avant d’entamer les deux premiers titres de la soirée, seule sur scène, interprétant notamment l’hymne « Faire et refaire » d’Ascendant Vierge dans une version lente et pleine de reliefs. Sur cet album, on retrouve autant de titres issus de son répertoire individuel passé que de titres en provenance d’Ascendant Vierge et d’inédits. De ces premiers instants du concerts, c’est une impression de délicatesse, de finesse mais aussi de puissance qui se dégage. Rien d’étonnant finalement pour celle qui a construit sa technique vocale singulière notamment en compagnie de la légendaire Armande Altaï, avec bien plus de réussite qu’un certain Jean-Pascal. De là où nous sommes placés, nous avons une vue sur les mains de Mathilde Fernandez et nous pouvons dès lors apprécier toute la technique de son doigté pianistique.

Bien qu’il s’agisse d’un projet solo très épuré, c’est en compagnie de vrais musiciens que la suite de la soirée se déroule. Mathilde Fernandez est en effet rejointe par trois musiciens pour des synthés, guitare, voix additionnelles et quelques discrets arrangements. Cet ensemble permet d’agrémenter les titres et de ne pas rester bloquer dans un registre strictement piano-voix minimaliste. Il en découle des moments qui prennent notamment des airs de cabarets enjoués et dansants bien qu’un peu étranges. On pense par exemple à ces séquences du concert où Mathilde Fernandez simule des pleurs alors qu’une des musicienne se charge d’y répondre par des rires démoniaques, ou lorsque ce sont des cris de corbeaux qui se font entendre. Il y a aussi ce moment où ce sont de surprenants cris plus gutturaux que la chanteuse émet tout en se contorsionnant sur son piano.

Et puis il y a enfin cet instant où la scène est plongée dans le noir total avant que Mathilde ne réapparaisse à genoux, presque couchée sur le sol sous son piano où un micro a été placé à cette hauteur, n’excédant alors pas les 50 centimètres. Au niveau des paroles nous sommes dans un registre qui ne transpire par l’euphorie. Extrait choisi des paroles : Offrir un bouquet de pierre en guise de sourire. De quoi proposer des moments réjouissants à souhait, appuyé par une présence et un jeu scénique illustrant parfaitement le propos.

En rappel, Mathilde Fernandez offre au public le surprenant « Un sexe grand comme le ciel » avant d’achever la soirée avec une reprise finalement évidente du titre « Regrets », de Mylène Farmer et Jean-Louis Murat. Souvent comparée à l’énigmatique chanteuse française, Mathilde Fernandez joue ainsi ouvertement avec cette image d’icône moderne et intemporelle à la fois, et y met une touche d’auto-dérision, comme lorsqu’elle se promène sur la scène en silence en regardant le public avec une gourde et une paille à l’effigie des films « Scream ». Avec cet album et ce concert, Mathilde Fernandez assume pleinement les différents visages de son identité artistique, pop, doucement gothique et classique à la fois, pas toujours accessible au commun des mortels du mainstream mais agréablement authentique et sans filtre.

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