Ce n’est pas un, ni deux, ni trois concerts que THE HAUNTED YOUTH, le groupe emmené par l’artiste flamand Joachim Liebens, s’est offert ces derniers jours au Cirque Royal de Bruxelles. C’est en tout quatre dates qu’il a été nécessaire de programmer pour que tout le monde y trouve son compte et sa place. Après un premier album qui a rencontré un large public au Nord du pays, mais aussi dans une mesure plus modérée au Sud, The Haunted Youth est de retour avec un nouvel album qui sort tout prochainement et qui s’intitule « Boys Cry Too », comme une sorte de réponse générationnelle et quasi militante au célèbre titre et album « Boys Don’t Cry » des Cure sorti en… 1980, soit il y a près d’un demi-siècle.
Le malheur des uns faisant souvent le bonheur des autres, c’est le bruxellois PYO qui remplace au pied levé Max Fry, contraint d’annuler sa présence en première partie sur les quatre concerts prévus au Cirque Royal. Cela fait maintenant déjà quelques mois que le jeune homme multiplie les sorties de singles accrocheurs, dynamiques et rafraichissants dans un registre électrique et synthétique où se croisent new wave et post-punk dansant. Enchainant les concerts et premières parties, nous n’avions pas encore eu l’occasion de le voir à l’œuvre sur scène jusqu’à maintenant. C’est donc désormais chose faite ce dimanche soir. Le garçon et ses deux musiciens ont confirmé tout le bien que l’on avait lu et entendu. Durant trente minutes, Pyo va chercher le public, s’adressant à lui aussi bien en néerlandais qu’en français, traverse la scène d’un bout à l’autre, s’empare de sa guitare dans une atmosphère finalement très rock, lâchant de temps à autre de puissants cris gutturaux. En fin de set, Pyo s’offre aussi un petit kiff avec un titre techno dont le Cirque Royal est peu familier. En dehors de ce crochet full électronique, cette première partie était tout à fait cohérente avec ce qui va suivre sur scène.
Parlons-en de ce quatrième et dernier concert bruxellois de THE HAUNTED YOUTH. Cette série de concerts avait pour objectif de présenter au public en exclusivité le nouvel album qui sortira ce vendredi 8 mai (la version physique de l’album était cependant déjà disponible au stand merchandising). Le concert va dès lors se structurer en deux parties : une première où le nouvel album sera interprété dans le strict respect de la tracklist de celui-ci avant un généreux rappel consacré aux titres les plus efficaces et appréciés du premier album sorti en 2022, proposant ainsi un concert d’une grosse heure et demie.

Lorsque les lumières s’éteignent, des nappes sonores de synthwave et féériques rappelant le son de Chromatics envahissent la salle alors qu’un cœur brisé (que l’on retrouve sur la pochette du nouvel album) suspendu descend du haut de la scène. Le groupe entre alors sur scène dans une semi pénombre en contre-jour. Bien que The Haunted Youth soit mené en solo par la tête pensante de Joachim Liebens, on peut effectivement parler de groupe lorsque le projet prend vie sur scène. Le principal intéressé n’occupe par exemple pas la traditionnelle place à l’avant-centre de la scène, habituellement attribuée aux porte-voix des groupes ou aux artistes solos accompagnés de musiciens. Joachim Liebens joue en effet sur la gauche de la scène, laissant la droite de la scène à son guitariste, alors qu’en second plan on retrouve la basse, les synthés et la batterie. Il n’y a pas non plus de lightshow spécifique pour mettre en évidence et en avant l’un ou l’autre membre du groupe. The Haunted Youth offre donc une prestation scénique, sonore et visuelle d’ensemble où l’atmosphère globale reste la priorité. La formule fonctionne à merveille puisque très rapidement on se surprend à avoir la chair de poule sans l’avoir vue venir et qu’on puisse l’expliquer.
Le début du concert et le premier titre donnent le ton de ce que sera le nouvel album avec une production plus riche et puissante, emmenée par un mur sonore immersif et frontal. Au cours de ce titre, des notes rapides s’enchainent et ouvre la voie pour lâcher les chevaux et offrir un long final instrumental tempêtueux qui nous fait directement penser à l’urgence de l’hymne « Doused » des Américains de DIIV sorti en 2012. Le premier quart d’heure du concert est à cette image et les passages instrumentaux tournoyants se multiplient, entre couches de guitares et nappes de synthés. On aperçoit régulièrement Joachim Liebens aller jouer à genoux contre ses amplis pour renforcer la force électrique du son de sa guitare alors que les autres musiciens sont quant à eux aussi très loin d’être figés sur scène. Ces derniers sont d’ailleurs de temps à autre renforcées pour proposer des titres emmenés par trois guitares électriques (comme sur « Murder Me »), donnant à ce nouvel album une identité shoegaze toujours bien présente mais plus énervée, dense et électrique (le très punk-rock « Forget Me »), complémentaire à la mélancolie et la nostalgie adolescente du premier LP qui restent bien présentes malgré tout, en y ajoutant une dose de dramaturgie et de salvatrice résilience.

Un voile de tulle vient ensuite séparer la scène du public. Les jeux d’ombres et de silhouettes en sont alors accentués, alors que des projections apparaissent sur deux profondeurs, notamment sur l’hypnotique et doux « Wake up » où Joachim Liebens délaisse sa guitare pour se concentrer uniquement sur le chant. Avec des mélodies à fleur de peau et dans une ambiance globale plutôt ombragée, c’est malgré tout une impression de lumière et un parfum d’énergie juvénile qui se dégagent tout au long de la soirée. The Haunted Youth déchire avec splendeur et puissance un sinistre ciel bruxellois qui n’en finissait plus de faire couler ses larmes ce dimanche soir (on vous passe les détails sur les 25 chaussées inondées que nous avons du traverser pour arriver jusqu’à la salle), comme un clin d’œil au titre de ce nouvel album. Les profondes et étincelantes guitares du titre instrumental « Falling To Pieces » en étant l’illustration.
L’heure du rappel arrive et les titres alors déjà connus du public s’enchainent, proposant alors quelque chose de moins ténébreux, de plus ensoleillé avec « Into you » et « Teen rebel ». La fosse part en pogo sur « Broken » avant que le concert ne s’achève avec « Coming Home » et ses images d’archives familiales filmées avec un bon vieux camescope des années nonantes. On aurait pu reprocher le coté peu causant du bonhomme tout au long de la soirée mais finalement cela était il indispensable et n’aurait-il pas été superflu au regard de la tendance onirique des atmosphères de la soirée ? Déjà très sympa à se mettre dans les oreilles en version studio, la musique de The Haunted Youth prend une ampleur bien différente en live, gagnant en relief et en impact, et pouvant répondre aux attentes d’un large public où se côtoient les amateurs de musiques électriques instrumentales au long cours et ceux qui apprécient que des couplets et refrains chantés viennent donner une touche humaine renforcée à chaque titre.
Setlist – The Haunted Youth – Cirque Royal – 4 mai 2026
In My Head – Castlevania – Deathwish – Emo Song – Wake Up – Hurt – Murder Me – Falling To Pieces – I Hear Voices – Forget Me – Ghost Girl – Into You – I Feel Like Shit And I Wanne Die – Teen Rebel – Broken – Coming Home





