Après une petite quinzaine d’années au service du groupe français LA FEMME, Sasha Got et Marlon Magnée, ont pris la décision de débrayer, au regard des difficultés relationnelles rencontrées entre eux. Est-ce que cette mise à l’arrêt est définitive ou temporaire ? Rien n’a vraiment été confirmé par les membres du groupe. Comme souvent dans ce genre de situation, chacun s’en va bourlinguer de son côté afin de pouvoir donner libre cours à des envies artistiques individuelles qui ont parfois été contraintes au sein du collectif d’un groupe. C’est ce qu’a fait MARLON MAGNEE avec « Darkstar », un premier album solo sorti il y a un gros mois. A cette occasion, le gaillard s’offre une jolie petite tournée d’une trentaine de dates, aux quatre coins de l’Europe mais aussi en Amérique du Nord. Et ce dimanche soir, c’était dans l’intimiste Rotonde du Botanique que cela se passait.

Bon, soyons honnêtes : lorsque nous avons écouté cet album solo nous avons eu en premier lieu l’impression d’entendre un disque de La Femme, les voix féminines en moins. On y retrouve en effet pas mal d’ingrédients similaires avec notamment une belle mais bonne tendance à créer des univers et des ambiances sonores psychédéliques et dansantes, entre couches synthétiques et guitares. Le tout étant servi avec des lignes rythmiques entrainantes et un chant parfois ténébreux, parfois enjoué aux airs de rockabilly.

C’est donc après avoir remplit les 20 000 places de l’Accor Arena de Paris en novembre dernier avec La Femme que Marlon Magnée se présente à La Rotonde du Botanique, pour une capacité de 200 places. Après un épisode à succès avec un groupe, une aventure solo s’accompagne effectivement souvent d’une remise à zéro des compteurs, la notoriété et le succès étant alors à reconquérir depuis la base. C’est donc seul et sans musiciens additionnels que Marlon monte sur scène au son d’une boîte à rythme qui va bastonner et donner l’impression de rebondir joyeusement dans tous les sens tout au long du concert. A part un synthé et une guitare électrique, il n’y a pas d’autres instruments sur scène. L’ensemble des titres étant dès lors proposés de manière préenregistrée pour la grande majorité des parties instrumentales. Il en résulte dès lors une prestation qui prend par moment des airs de karaoké avec un chanteur qui se démène sur scène pour occuper l’espace. Avec son costard double face gris et carreaux blancs, Marlon enchaine les pas de danse inspirés de la mouvance punk des années septante. Mais cette scène parait malgré tout bien trop grande et l’énergie dégagée par l’artiste s’en retrouve trop diluée.

Il n’y a rien à faire, seul sur scène il est difficile d’égaler l’énergie et la puissance dégagées par un groupe. Se pose à cet instant la question plus terre-à-terre et purement économique à laquelle sont confrontés énormément de projets musicaux émergents lorsqu’il s’agit de passer du studio à la scène. Tout travail méritant un juste salaire, l’équation financière est parfois bien difficile à résoudre dans un premier temps lorsque l’on (re)part de la base. Nous sommes convaincus qu’avec l’un ou l’autre musicien additionnel, le concert aurait pris un tout autre visage.

Et donc musicalement, on retrouve effectivement une grande partie de ce qui a fait le succès de La Femme avec des passages pop, des refrains accrocheurs et entêtants qui alternent avec parties instrumentales plus hypnotiques et psychédéliques, prenant aussi de temps à autre des airs de jazz survolté. On retrouve ces sonorités d’orgues qui ont été familières chez La Femme, tout comme cette manière de chanter parfois très rapide et parfois beaucoup plus lancinante et désabusée.

Le projet solo de Marlon Magnée ne diffère donc pas fondamentalement de ce qu’il a fait dans le passé. Il ne s’agit pas d’un virage à 180 degrés mais plutôt d’une approche plus personnelle des choses. Nous pourrions résumer la chose en disant que le contenu n’a pas grandement changé mais que la licence d’utilisation n’est par contre plus la même. C’est d’ailleurs avec notamment deux titres de La Femme (« Elle ne t’aime pas » et « Les seins de Tatiana ») que Marlon Magnée clôture son set au moment du rappel, de manière tout à fait naturelle et cohérente avec ce qui nous a été proposé plus tôt dans la soirée. Marlon Magnée en solo coche toute les cases qui ont fait le succès et le charme de La Femme mais il reste encore à y donner plus de solidité, ce qui est d’une certaine manière logique au regard de la jeunesse de ce nouveau projet.


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