C’est une météo sonore agitée, sombre et plutôt glaciale qui a rythmé la Rotonde du Botanique ce vendredi soir, un petit peu à l’image de l’Irlande du Nord dont sont originaires les deux formations qui se sont succédés sur scène. Le duo CHALK en tête d’affiche ayant été précédé par MAKESHIFT ART BAR. Les deux formations de Belfast n’ont en effet laissé que peu de places à l’apaisement avec des univers musicaux où se sont percutés post-punk, électronique sombre et autres déflagrations sonores plutôt brutes et rugueuses.
En première partie c’est donc le quatuor de MAKESHIRT ART BAR qui entame les hostilités de manière directe, frontale et expérimentale. Avec une voix caverneuse et lancinante, plus proche du spoken word que du chant, nous avons la sensation de revivre certaines prestations vocales de Marilyn Manson lorsqu’il était au sommet de son art pour rendre les États-Unis aussi hystériques qu’apeurés. Durant trente minutes, les membres du groupe vont imposer une musique semblant jaillir avec brutalité (à l’image du passé industriel et tumultueux de Belfast ?) de contrées au climat morose et où le marasme social sont abordés avec autant de lassitude que d’indifférence. Cette indifférence on la retrouve aussi dans l’attitude scénique de ces quatre là, envoyant des lignes de basses et des riffs de guitares bien distordus et rouillés, sans que cela ne génère chez eux le moindre enthousiasme, se frottant les yeux ou se grattant mollement la tête entre deux titres. Toujours est-il que leur musique aux parfums d’apocalypse et de chaos se suffit à elle-même et enthousiasme une rotonde bien remplie et attentive à l’heure de l’apéro.
Place ensuite à CHALK. Avec un premier album, « Crystalpunk », sorti à la mi-mars, le duo est en train de doucement mais solidement se faire un nom au sein d’une scène post-punk en provenance des îles britanniques qui ne cesse de proposer et déverser avec régularité de nouvelles choses sans jamais vraiment s’essouffler ou tourner en rond. Tant mieux d’ailleurs. Il n’a en effet fallu que trois petits EP’s depuis 2023 pour que le groupe transforme l’essai avec ce premier album aux influences et sonorités riches, entre techno-rave, sonorités industrielles et post-punk donc. La Rotonde affiche d’ailleurs complet à cette occasion. Après un passage par le Trix d’Anvers et le Festival de Dour l’année passée, Chalk est de retour en Belgique dans le cadre d’une tournée européenne pour promouvoir ce très bon premier album.
Sur scène le duo se mue en trio sur scène. On apprécie la présence d’un batteur pour accompagner le duo qui se charge du chant, de la guitare, de la très importante basse et des machines électroniques. Le batteur joue d’ailleurs un rôle prépondérant tout au long du concert, imprimant véritablement le rythme et la cadence de l’ensemble, avec force et conviction. Après un début de set parfois un peu poussif, Chalk va déployer toute sa masse sonore sans retenue, transformant petit à petit la Rotonde du Botanique en club industriel berlinois où pogotent de manière débridée dans les enceintes des influences de l’avant et de l’après chute du mur. C’est d’ailleurs tout de noir qu’est vêtu le trio, dans la plus grande tradition des clubs techno. Visuellement on est aussi dans cette ambiance avec un gros travail sur le lightshow où les stroboscopes et les lumières blanches tournoyantes et blafardes viennent déchirer l’obscurité. La présence scénique du chanteur rappelle quant à elle certaines prestations habitées (et sous influence) de Dave Gahan, enchainant les postures avec les bras en l’air ou en croix, s’accrochant lascivement à son pied de micro.
Pourtant, CHALK se nourrit musicalement d’influences multiples déjà évoquées plus haut mais on y retrouve aussi certains penchant que nous pourrions presque qualifier de pop. Le titre « One-night-eight-zero » en étant la plus belle illustration. On pense aussi au morceau « Longer » et ses sombres riffs de guitare d’intro qui annoncent que les cinq prochaines minutes seront rythmées par des refrains puissants et entêtants. Il y a chez Chalk quelque chose de direct et non formaté tout en y apportant une certaine mélodie. Et pour ceux qui aiment à dire que les bassistes ne servent à rien, nous les invitons à ne jamais mettre les pieds dans un concert étiqueté « post-punk » ou influencé par la cold wave des années 80 : celle-ci est omniprésente et bourdonne nerveusement tout au long du set. En fin de set, Chalk envoie également, avec « Skem », un véritable brûlot à base de couches électroniques envoyées à haute fréquence, le chanteur se transformant alors en danseur survolté, le tout sur un lightshow toujours aussi hypnotique. Il y aussi par moment quelques virées vers un krautrock électronique que nous avons déjà pu apprécier chez les Portugais de Makina. dernièrement.
C’est avec « Béal Feirste » que le groupe clôture son set. Tout au long des 8 minutes qui construisent ce titre, nous avons l’impression d’entendre les pionniers anglais d’Underworld à l’œuvre, tant le traitement de la voix que les rythmiques électroniques et les sonorités synthétiques semblent évoquer l’œuvre des papys de la techno britannique. Il est d’ailleurs toujours bon de rappeler que ces derniers, du haut de leur presque 70 ans continuent à mettre la raclée à la jeune génération avec de vrais sets live impressionnants.
Tout au long de la soirée, Chalk aura fait étalage de sa cohérence, de sa puissance de frappe en live et de la richesse de ses influences pour proposer un concert varié sans temps mort et constamment sous tension. Les plus orthodoxes des amateurs de post-punk auront probablement trouvé l’ensemble trop électronique à leur goût. En ce qui nous concerne, nous avons apprécié cette ouverture et nous sommes repartis du Botanique avec le vinyle du groupe sous le bras. Le genre de signe qui ne trompe pas quant à l’appréciation que l’ont peut avoir d’un groupe et de sa musique.




