Le samedi est le premier des deux jours de l’Obsidian Dust au Botanique, le festival dans le festival des Nuits Botanique. Ce que l’on constate d’emblée c’est que les installations sont formidables. Quel plaisir de se retrouver ici et de pouvoir profiter des infrastructures solides de la salle bruxelloise, auxquelles viennent s’ajouter la construction (en partie avec des matériaux recyclés) de la Fountain Stage par la coopérative Rotor. Nous débarquons sur le site assez tôt, parce que les hostilités démarrent fort avec Fange…


On se retrouve dans la salle de l’Orangerie que l’on connait bien, avec un groupe que l’on ne connait pas si bien que ça : les Français de Fange. On commence par vous dire que si vous avez la possibilité de les soutenir, rendez-vous sur leur linktree ou leur cagnotte car ils se sont malheureusement fait voler une grande majorité de leur matériel avant le début de leur tournée. Ils font donc avec le minimum syndical point de vue matériel, ils sont trois sur scène et les pistes de batterie sont sur bandes audio, mais au moins ils sont là et n’ont pas annulé leur tournée. Le groupe arrive sur scène après une petite intro musicale relativement calme, surtout vu ce qui nous arrive sur la gueule après ça… On a rarement vu un chanteur aussi « énervé » sur scène ! On les a croisés en dehors de scène et ils sont vraiment très agréables et souriants, mais lorsqu’ils performent sur scène c’est une toute autre affaire. Des gros « tapages » de pied au sol, le chanteur déambule en long et en large de la scène de manière assez brutale. Le guitariste quant à lui enchaine les high kick et autres coups de pied sautés. Niveau musical nous sommes sur un mélange de noise, punk, hardcore. Quelque chose de très abrasif et sombre qui vous prend aux tripes. C’est impossible que ce groupe vous laisse indifférent. On a bien apprécié la performance même si on avoue que c’était peut-être un peu trop brutal pour démarrer une journée, sans s’y être réellement préparé. Le genre de concert où il vaut mieux s’être mouillé la nuque avant de commencer ! Autant dire que si vous comptez aller les voir le samedi à 13h10 sur la Valley du Hellfest, tenez-vous prêt à en avoir plein la gueule !
Passage par les hauteurs de la Fountain Stage pour profiter du doom psychédélique proposé par Ufomammut que l’on savoure depuis le haut des escaliers accompagnés d’une boisson rafraîchissante. On peut dire que le combo est idéal, installés confortablement dans les transats avec quelques rayons de soleil qui pointent le bout de leur nez de temps en temps. Un bon avant-goût de ce qu’on espère avoir cet été sur les plaines des festivals. En fin de set nous avons droit à une terrible reprise du titre Welcome To The Machine de Pink Floyd, la chanson retravaillée en mode doom est une belle réussite. Un moment reposant après la performance brutale qui a commencé notre journée.

On retourne dans l’obscurité de l’Orangerie pour voir les Anglais de Gnod avec leur rock psychédélique teinté de drone. Le groupe fête leurs vingt ans d’existence. Ils sont six sur scène avec un guitariste / chanteur, deux guitaristes supplémentaires, un batteur, un bassiste et un claviériste. Les compositions sont hyper riches et le son de la salle est excellent, ce qui nous offre un très bon rendu. Le public commence doucement à affluer dans la salle au fur et à mesure que le concert se déroule. L’ambiance monte également petit à petit et on se laisse complètement entraîner. Que ce soit par les passages plus calmes durant lesquelles on se chaloupe doucement. Mais aussi par les moments plus intenses qui nous font bouger dans tous les sens. Très belle découverte live pour nous qui aura également bénéficié d’un son particulièrement bon. C’est un point très positif d’avoir un festival dans des salles de concerts.

Retour à la Fountain Stage pour du rock psychédélique instrumental qui nous vient de Californie avec Earthless. On a découvert ce groupe il y a quelques années au Roadburn lors de jams psyché organisées entre des artistes occidentaux et orientaux. On connait la capacité du groupe à jouer durant de longues minutes, avec des titres faisant facilement 20 minutes. Dès qu’on arrive on est pris par les riffs entêtants que le groupe propose. C’est le genre de concert où tout s’enchaine de manière très naturelle et les morceaux ne semblent jamais s’arrêter. Ça file à toute allure pour nous et se termine même par une partie non instrumentale durant laquelle Isaiah Mitchell prend le micro et ce n’est pas chose commune ! Très chouette surprise pour terminer ce moment un peu suspendu durant lequel on a beaucoup laissé nos pensées divaguer au rythme de la musique.

Il est enfin temps d’aller voir nos petits chouchous suisses de Coilguns ! Ils sont programmés dans le Museum et on s’était dit à l’avance que la salle allait parfaitement correspondre au groupe… on ne s’était pas trompé ! Le chanteur, Louis Jucker, commence par serrer la main et saluer une grande majorité du public déjà présent dans la salle. Comme à chaque prestation du groupe, on sent une osmose avec le public, qui est mise en place dès les premiers instants du concert. Comme il le dit si bien, tout être vivant est bienvenu à leurs concerts, ils sont là pour instaurer une atmosphère d’inclusion, peu importe d’où l’on vient, son orientation sexuelle, le milieu dans lequel on évolue. Leur musique, très intense, peut contraster avec leurs messages de douceur et d’amour mais on trouve que ça colle parfaitement bien. Une grande majorité des morceaux présentés ce soir viennent de leur album Odd Love sorti en 2024 mais nous avons droit à deux titres qui seront inclus sur le prochain album qui devrait sortir courant de cette année. Après avoir été quelques fois dans la foule, le chanteur termine le concert en grimpant au balcon de la salle, dans un esprit aussi foufou que leur musique. À nouveau on n’a pas vu le temps passer et leur prestation nous parait beaucoup trop courte, on en redemande encore et encore. Voilà un groupe qui donne du baume au coeur, dont il est difficile de se lasser tant ils nous font du bien, vivement la prochaine fois !


Après une petite pause pour se sustenter, on retourne dans l’Orangerie pour profiter de la venue d’un autre groupe que l’on apprécie tout particulièrement, les Anglais de Conjurer. Première fois de la journée qu’on se fait la remarque, mais ça nous saute aux yeux directement, le show light est excellent ! De belles ambiances colorées se mettent en place sur les passages moins violents et puis la fureur de la musique se ressent dans les lumières lorsque le groupe lache le frein et nous envoie ce qu’ils ont de plus puissants dans leur répertoire. Ici aussi on a droit à de beaux messages d’inclusion, dédiant une chanson aux personnes LGBTQIA+ en ce jour de Pride à Bruxelles. Vers la fin du concert, voyant quelques spectateurs déjà quitter la salle, le groupe avouera qu’eux aussi aimeraient déjà se diriger vers le concert de YOB car c’est un groupe qu’ils apprécient énormément et qui les ont beaucoup inspirés, mais qu’il leur reste deux morceaux à jouer. Pas question pour eux de quitter plus tôt ou en faire moins, au contraire ! Ils donnent tout ce qu’ils ont sur un final dantesque qui nous a beaucoup plu.

On termine notre journée avec les piliers de YOB sur la Fountain Stage. Leur maîtrise du style doom / stoner est totale, avec leurs 30 ans de carrière, les Américains ont eu l’occasion de bien rouler leur bosse. La répétition des riffs reste en tête, vous imprègne le cerveau, pendant que les breaks vous cassent la nuque pour notre plus grand plaisir. Le groupe attire pas mal de monde, on croise même les membres de Fange et Conjurer dans la foule. Leurs morceaux sont également assez longs et nous emmènent dans un voyage stoner dont on se délecte à chaque instant. Ici aussi le show light à l’air plutôt sympa, mais il fait encore un peu trop clair que pour pouvoir en profiter pleinement, ce n’est que vers la fin du concert qu’il prend toute son ampleur. Comme beaucoup de groupes aujourd’hui, ils dégagent une sympathie naturelle malgré le côté un peu « extrême » de leur musique. C’est la clôture de la soirée pour nous, on n’a pas assez de force que pour assister aux derniers concerts du jour. En repartant on voit pas mal de monde faire la file pour rentrer au Museum pour le concert de Lili Refrain, on espère que les valeureux ont pu assister à une prestation envoûtante de la part de la multi-instrumentaliste Italienne pour le dernier concert de sa tournée.

Le festival dans le festival aura tenu toutes ses promesses pour cette première journée avec une programmation pointue et de qualité. D’après les échos que nous avons eus, la deuxième journée s’est tout aussi bien passée. On a déjà hâte de voir ce que le Botanique nous réserve pour l’année prochaine car l’affiche de cette année était phénoménale !




