Yodelice est un Ovni sur la scène musicale actuelle.

Maxime Nucci (Vrai nom de Yodelice) chanteur français, surdoué musical, compositeur incontournable et discret, est de ces artistes inqualifiables tant leur approche de la musique est complète, développée, intrigante.

On commence à bien connaître le français. Trois albums (Tree of Life, Cardioid, Square eyes), une victoire de la musique en 2010 pour son premier album, de nombreux concerts, la première partie de Vanessa Paradis (2010), la merveilleuse musique des « Petits Mouchoirs (Guillaume Canet), des titres pour Johnny Halliday sur l’album « Jamais seul »…
On sent qu’il est de ceux qui vivent en tribu, qui créent le lien et qui laisse un empreinte là où ils passent.

C’est dans un décor digne des meilleurs films de Tim Burton que Maxime Nucci, Yodelice, avait décidé d’emmener le public de l’AB ce mercredi. La Pénombre, un arbre mort en milieu de scène, voilà les éléments que Maxime, chemise blanche, gilet boutonné et chapeau, avait choisi pour ce concert aux accents chamaniques et urbains. Le public est présent mais en nombre limité, c’est dommage car ceux qui n’y étaient pas ont raté certainement un des meilleurs concerts de ce début d’année. Il faut dire que la promotion de ce troisième album a été assez limitée en Belgique et à tort quand on sait à quel point Maxime Nucci peut nourrir et influencer la musique actuelle.

YodeliceLes influences folk et les sonorités extrêmement boisées des premiers disques sont toujours bien présentes mais se mélangent avec finesse et naturel à un son plus électrique, plus seventies mais aussi plus électro par certains égards. On frôle l’expérimentation sur certains morceaux, on pourrait presque palper l’âme d’un Led Zeppelin ou d’un Pink Floyd au détour d’un arrangement.
Il y a plus de tension dans le dernier album, plus d’audace, plus de tranchant, un peu à l’image de cette larme dessinée sur la joue de Yodelice et qui semble se transformer de plus en plus en lame ou en pointe de flèche. Et pour le coup, il a mis dans le mille. Sur scène, il fait une vraie proposition, truffée de surprises musicales, d’accords retravaillés, de mesures modifiées. Quel travail et quelle générosité dans ce qui est déposé à Bruxelles ce mercredi, un bijou de cristal dans un écrin de cuir noir.

Musicalement, Yodelice ne laisse personne indifférent. Qu’il soit au chant, à la guitare sèche (en forme de skull éclairée de l’intérieur), à la guitare électrique, sa maîtrise de l’instrument, son tempo atypique sont tout simplement bluffants. Passant d’une guitare à l’autre (un nombre impressionnant de changements d’instrument qui vaut vraiment un coup de chapeau à celui qui doit passer son temps à préparer les guitares entre les morceaux), Yodelice est un magicien du son, les samples, les pédales n’ont aucun secret pour lui. Il se balade sur les accords et embarque le public sur sa route.
Par moment, on peut se demander s’il ne compte pas plus de dix doigts tellement il arrache de sa guitare des sons époustouflants.

Accompagné de musiciens de très haut vol, la proposition faite à Bruxelles ce mercredi était un cadeau. Une parenthèse merveilleuse. On épinglera ce moment intime où les quatre comparses se retrouveront autour du tronc d’arbre posé au centre de la scène pour une interprétation  a capela d’une justesse incroyable (malgré les sourires et le presque début de fou rire complice entre eux).

Yodelice est heureux sur la scène de l’Ancienne Belgique, il a les yeux brillants, un sourire ravageur lui mange le visage, il se sent bien, ça crève les yeux. Il parle beaucoup au public, à son public, qu’il remerciera à plusieurs reprises de le nourrir de sa présence et de son énergie. Il raconte un peu son histoire, un peu la nôtre en somme. Il plaisante, met le public à contribution pour le tempo. Yodelice est de ces artistes qui offrent énormément sur scène mais qui n’ont aucun complexe à prendre et à recevoir ce que le public leur offre.

Il nous ballade dans son dernier album mais n’oublie pas les incontournables, les titres qui sont dans tous les esprits et qui font vibrer le public de « My Blood in burning » à « Breath in » en passant par « Wake me up » mais c’est évidemment « Sunday with a flu » qui mettra définitivement le feu dans la salle.
Un seul petit regret sur le moment, l’absence de « Talk to me », morceau emblématique de la génération « Petits mouchoirs » mais à bien y réfléchir sans doute n’avait-il pas sa place dans ce set construit comme un voyage, un road movie au travers de steppes et de vallées.

Bruxelles accueillait un sorcier mercredi dernier, un chaman, un ensorceleur qui avait remplacé sa baguette par une guitare magique et le charme a opéré, Yodelice a arrêté le temps l’espace d’un concert, il a enfermé le public dans une bulle légère.
Un moment inoubliable comme on aimerait en voir plus souvent.

Retrouvez les photo du concert dans notre galerie.

Photos: Natacha Joveneau

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