C’est une Orangerie du Botanique affichant complet qui accueillait SAM SAUVAGE ce mercredi soir. Le jeune français de 26 ans a commencé à se forger une jolie réputation sur la scène pop française depuis quelques temps déjà. En digne représentant de sa génération, c’est d’abord via les réseaux sociaux qu’il a petit à petit trouvé son public, enchainant alors les premières parties et quelques jolies dates en festivals l’été passé . Les choses se sont récemment accélérées pour lui avec une Victoire de la Musique dans la catégorie « Révélation masculine », quelques jours à peine après avoir sorti son premier album intitulé « Mesdames, Messieurs » et avoir assuré la première partie de Feu! Chatterton à Bercy et être monté sur scène avec Indochine le temps d’un duo sur « College Boy » dans cette même salle de Bercy. La machine semble donc bien lancée pour cet auteur-compositeur-interprète dont l’attitude et la dégaine ne sont pas sans rappeler celles de Pierre de Maere alors que sa musique et ses sonorités nous renvoient vers le meilleur des années 80.
Rien d’étonnant donc a retrouver un large public dans la salle, où la jeune génération croise un public aux chevelures grisonnantes, ayant probablement retrouvé chez Sam Sauvage un certain parfum sonore du siècle passé. Sur scène, accompagné de ses musiciens et musiciennes, c’est un minimaliste mais efficace décor composé d’une succession de néons colorés et d’une ligne de lampes jaunâtres au plafond qui se chargent de faire le boulot. Il n’y a pas besoin d’en faire plus car à lui seul Sam Sauvage captive l’attention avec ses gestuelles et postures bien à lui, gesticulant de manière aussi saccadée qu’ondulatoire dans son ensemble costard-chemise-cravate digne d’un présentateur télé des années… 80. Nous y reviendrons. Durant une heure et demi, Sam Sauvage arpente la scène d’un bout à l’autre, courant et sautant à la fois, pointant aussi régulièrement du doigt le public et multipliant les interpellations à son égard, quand il n’est pas occupé à jouer de la guitare, du clavier ou du piano. Le garçon est donc du genre polyvalent.
Ce qui fait sortir Sam Sauvage de la « masse » c’est le timbre de sa voix rauque et chaude à la fois, nous renvoyant une fois encore en direction des années 80 et la singularité (qui ne l’est dès lors plus) du chant de Robert Smith. Mais attention, la gamme vocale du jeune artiste s’en va aussi explorer des paysages plus inattendus comme sur « Les âmes sensibles » où nous pourrions croire entendre Marc Lavoine ou Julien Doré. Le synthé qui sonne alors de manière doucement kitsch et nocturne à la fois venant compléter parfaitement ce tableau. C’est ensuite en solo et au piano que Sam Sauvage embarque le Botanique sur le très Benjamin Biolesque « Mon grand-père à moi ». Le public du Botanique, jusque là plutôt enjoué et turbulent se fait alors religieusement silencieux. Le set repart ensuite sur une pente ascendante plus disco et joyeusement désespérée avec « J’suis pas bo » où le son de la batterie (et non il n’y a donc pas de boîte à rythme en action dans cet univers des années 80) rebondit aux quatre coins de la salle.
Place ensuite au titre « Il pleut des femmes » et ses synthés planants et oniriques. On est donc dans un passage du concert plus mélancolique. De la mélancolie mais aussi du tourment avec « Un cri dans le métro » qui tient en haleine le Botanique, rappelant la puissance torturée du « Formidable » de Stromae, sous tension et à fleur de peau, chemise débrayée en prime. Le chant qui avait d’abord pris la forme d’un discours se transformant alors petit à petit en véritable cri du cœur et de désespoir. Le titre s’achevant avec une salle plongée dans le noir absolu.
La fin de set principal arrivent, et c’est alors l’heure de sortir tous les synthés, ronronnant et étincelants à la fois, comme sur le bouillant « Je ne t’aime plus » qui fait danser le Bota. Place ensuite à « Avis de tempête » et sa grosse rythmique sur fond de synthés distordus où Sam Sauvage égrène son texte qui prend des airs de flash spécial d’information urgente. D’où le costar-cravate eighties évoqué plus haut. Un peu comme sa collègue Zaho De Sagazan, Sam Sauvage puise une bonne partie de son identité musicale et artistique dans ce qui se faisait dans les années 80 mais le dépoussiérant de manière décomplexée et assumée, explorant aussi quelques influences plus électroniques. Mais Sam Sauvage reste résolument pop avec des titres dont le format excède rarement les quatre minutes, chacun d’eux résonnant comme un hit potentiel. Il en découle donc un set diversifié et sans aucune monotonie ou une petite vingtaines de titres y trouvent leur place.
C’est avec le très eighties et disco post-punk et disco « La fin du monde » que le concert s’achève, résonnant comme un dernier baroud d’honneur festif alors que tout semble déjà être condamné et qu’il n’y a rien d’autre à faire que faire la fête. On est quelque part entre New Order et Pulp. Les synthés faussement lumineux étant alors accompagnés par une de basse rapide et cavalante. Nous voici de retour aux heures les plus tourmentées de la guerre froide. Au regard de l’actualité de notre époque, Sam Sauvage semble être l’écho musical et modernisé de cette mouvance artistique qui avait trouvé dans la musique la réponse à une atmosphère générale aux horizons peu réjouissantes.
SETLIST – Sam Sauvage – Botanique – 25/03/2026
Les gens qui dansent (j’adore) – Le chant des sirènes – Les âmes sensibles – J’suis pas bo – Ne t’en fais pas pour elle – Dans le photomaton – Mon grand-père à moi – Les romantiques – Il pleut des femmes – Ali roule de nuit – Pas bourré – Boulogne – Hypocrisie – Je ne t’aime plus – Avis de tempête – Un cri dans le métro – Ne t’en fais pas pour elle – La fin du monde




