Puisque le mois de janvier n’est pas encore terminé, il n’est donc pas trop tard pour vous souhaiter une bonne année 2026. Année 2026 qui a débuté de la plus authentique des manières au pays du surréalisme avec l’annonce de mesures gouvernementales au sujet de la taxation sur le prix des tickets de concerts : du simple au double selon que le concert soit étiqueté classique, théâtre, cirque, opéra ou musiques actuelles. Cette dernière catégorie constituant un grand fourre-tout. Bref, voilà qui nous promet de manière quasi-certaine de jolis coups de théâtre (oui elle était facile) dans les prochaines semaines. Sortez le pop-corn !


A part ça, la trêve des fêtes étant derrière nous, il est temps de ne pas perdre les bonnes habitudes en reprenant la direction des salles de concerts, même lorsque la SNCB est à l’arrêt pour la semaine. Direction le centre de Bruxelles en ce mercredi soir pour une soirée aux effluves obscures, lancinantes et un peu ténébreuses avec le concert du trio californien de FAETOOTH dans le Club de l’Ancienne Belgique. La salle bruxelloise ayant comme toujours bien fait les choses, les hostilités démarrent tôt puisque deux premières parties sont au programme. Tout ça pour le prix de 17 euros. Un bon commercial vous dira que c’est une aubaine. La soirée affiche d’ailleurs complet.


Il est donc un peu plus de 19h lorsque les Belges d’AUFHEBUNG montent sur scène pour déverser leur post-metal dans les enceintes de l’AB, armés de deux guitares, une basse, une batterie et des synthétiseurs accompagnés de machines pour tordre le son. Avec 3 groupes au programmes, tous venus avec leu propre matériel, il ne reste pas beaucoup de places pour les musiciens sur scène. Cela n’empêche pas Aufhebung de construire un gros mur sonore, aussi puissant que clair où s’enchainent les riffs lourds sur des rythmes plus ou moins soutenus selon les moments. Les synthétiseurs et les machines complètent l’ensemble pour agrémenter le set de couches sonores multiples et aux couleurs diversifiées et cohérentes. Le groupe fait également preuve d’un doigté délicat pour imposer des passages aériens aux mélodies intimistes et quasi-poétiques, ne basculant ainsi jamais dans la monotonie. Le public de l’AB fait d’ailleurs preuve d’une attention toute particulière tout au long du set. Cette première partie de la soirée s’achève en puissance avec un titre rappelant certains cataclysmes sonores et vocaux (le seul moment du set où le chant vient se greffer à l’ensemble) hérités d’Amenra. Le public semble ravi, tout comme nous le sommes.


Place ensuite aux allemands de COLTAINE, emmenés par leur chanteuse Julia, à la voix puissante et gutturale, tout en restant féminine. Pas question de jouer à qui à la plus grosse dans la forêt noire dont le groupe est originaire. C’est avec un premier titre incantatoire, fantomatique et a cappella que tout débute. Des nappes sonores sombres et métalliques, distordues, triturées font ensuite leur apparition avant que la batterie et les guitares n’impriment un rythme lent et hypnotique pour porter le chant plaintif et ensorcelé de la jeune femme. Et c’est dans une alternance d’allemand et d’anglais que les choses se passent. Entre passages atmosphériques et vaporeux, mélancolie et moments plus nerveux et rythmés, voir destructeur, où la batterie s’en donne à cœur à joie pour imposer un rythme syncopé, Colraine offre un voyage sonore aussi esthétique que torturé, aux frontières des sciences occultes. Quelques mélodies plus orientales se font même entendre au cours de set, glissant ensuite doucement mais fermement vers un chevauchée électrique sous psychotrope, bouillonnante et sensuelle à la fois, Julia déployant alors toute sa puissance vocale. Une fois encore, le set fait l’unanimité dans un club qui est maintenant bondé.

Il est 21h15 lorsque le trio de FAETOOTH monte sur scène face à des premiers rangs bien serrés. Après une intro aux airs de Requiem de Mozart (mais qui n’est pas le Requiem de Mozart, et encore moins un extrait de Mozart l’Opéra Rock, d’ailleurs on applique quel taux de taxation pour ça ?), les trois jeunes femmes entament le set sur fond d’une base grésillante et d’un chant lancinant auquel font écho des cris gutturaux. Le son est puissant… bien que trop embrumé, tout du moins en début de set. Les choses s’améliorent grandement ensuite. Les membres de Faetooth proposent ce qu’elles qualifient de « fairy-doom », à mi-chemin entre un metal et un shoegaze lent.


Durant une bonne heure, le trio enchaine les titres avec malheureusement parfois une impression de monotonie et de linéarité trop grande, peu aidé par un lightshow plus décoratif que dynamique. Il y a pourtant des choses bien agréables à se glisser dans les oreilles tout au long du set, comme le son de cette guitare saturée devenu par magie et pour notre plus grand bonheur tout à fait clair et perçant. Pareil pour ces cris gutturaux féminins et bestiaux aux airs d’appel à l’aide en provenance des tréfonds des contrées les plus obscures de notre monde. Dire que nous nous sommes ennuyés serait malhonnête et exagéré mais le set ne nous a jamais vraiment donné l’impression de décoller pour de bon, malgré de multiples passages qui nous ont maintenus en haleine. Mais ce lightshow figé aura fini par gommer toutes les nuances et reliefs qu’il aurait été possible de donner à l’ensemble. Et pourtant nous n’avons rien a reproché au groupe qui a peut être souffert à nos yeux de la comparaison avec les deux autres groupes montés sur scène plus tôt dans la soirée. Est ce que notre impression aurait été différente et plus enthousiaste sans ceux-ci et avec un « vrai » lightshow ? Probablement. Malgré tout la seconde partie du set agit comme un rouleau compresseur électrique fascinant et hypnotique pour nos tympans. On retiendra notamment des constructions sonores profondes et puissantes qui auront mené la vie dure aux murs du Club et qui auront malgré tout réussi à nous enthousiasmer.

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